Il semblerait que Lego abandonne l’utilisation de PET recyclé qui augmenterait l’impact environnemental de ses célèbres briques en plastique. J’ai été surprise de la manière dont cette nouvelle a été présentée, notamment sur LinkedIn. Explications.

Les briques Lego sont fabriquées en ABS, un matériau particulièrement adapté pour ce type d’usage : résistance mécanique, stabilité thermique et dimensionnelle, etc. Depuis la médiatisation de la pollution plastique, le groupe tente de trouver des alternatives non fossiles.
Il y a bien sûr les plastiques biosourcés qui sont actuellement utilisés comme le bio-polyéthylène. L’objectif étant de casser ce lien avec les origines fossiles du matériau. Il y a 2 ans, le groupe a décidé d’utiliser du plastique recyclé issu de bouteilles en PET usagé.
C’est l’un des plastiques recyclé les plus intéressant et les plus disponible avec une qualité relativement élevée et constante. L’objectif de ce changement était de verdir la marque comme pour les autres solutions, sortir des matériaux d’origine fossile.
Sauf qu’utiliser un autre matériau (recyclé ou non) nécessite de gros investissements et un changement d’une grande partie de la ligne de production
Sans parler des propriétés du matériau qui sont différentes. Les plastiques ont des propriétés pouvant être très différentes. Et c’est sur ce point qu’il y a un problème : le PET est moins stable que l’ABS. Il a des propriétés très différentes pour cet usage qui nécessite des propriétés particulières. C’est d’ailleurs pour cela que le Bio-PE est utilisé pour les feuilles/arbres et non pour les briques

Donc utiliser un autre matériau (recyclé ou non) peut générer pour une entreprise une augmentation de l’impact environnemental de ses produits sur le court/moyen terme. Notamment si la durabilité du produit est plus faible. Le résultat n’est donc pas surprenant.
D’ailleurs leur com’ sur le sujet est plutôt surprenante. Certes il y a un impact plus élevé si la durée de vie est plus faible. Mais on compare le matériau d’origine avec un autre qui ne rempli pas le cahier des charges technique initial, il est donc normal d’obtenir ce résultat.
En résumé et contrairement à ce que j’ai lu : le problème ne vient pas du fait que la matière soit recyclée. Rien à voir. C’est une question matériau et process industriel. Le résultat aurait été le même avec du PET vierge.
L’entreprise a une obsession : sortir des matériaux d’origine fossile. Donc elle teste toutes les possibilités dont le recyclé et le biosourcé. C’est ce qui est présenté sur leur site web d’ailleurs sur cette page.
Je ne sais pas si leur stratégie est bonne, je pense par contre que c’est beaucoup trop orienté marketing et pas assez développement durable et réduction effective des impacts. Le matériau devient plus important que le produit… Mais c’est un avis perso.
Recycler des briques en ABS serait bien plus intéressant qu’utiliser d’autres matériaux biosourcés ou recyclés, parce que les performances du produit seraient conservées. C’est d’ailleurs ce qu’ils semblent vouloir développer : la récupération des briques pour recyclage
Donc attention aux résumés d’articles ! notamment sur LinkedIn… l’impression que certains brodent autour du titre d’un article parfois…
L’empreinte CO2 d’un matériau est liée à son cycle de vie. Un matériau qui dure à un impact carbone qui diminue avec le temps. De ce point de vue, il est préférable de produire des Lego en ABS aujourd’hui. L’erreur que nous continuons à commettre est de considérer l’impact des matériaux après fabrication et non pendant leur usage et fin de vie. Ça n’a absolument aucun sens de ne regarder que la la phase production.
La plupart des matériaux à très longue durée de vie ont des impacts CO2 à la production élevées. La comparaison entre deux solutions différentes ne peut se faire que sur un cycle de vie similaire. Un exemple : devons nous arrêter d’utiliser le verre (très longue durée de vie réutilisable) qui a un impact CO2 3x supérieur à celui du plastique jetable ? Pourquoi nous posons nous la question sur un plastique à longue durée de vie dans ce cas ?
Nous pouvons réduire l’impact de ces matériaux à longue durée de vie au cours de leur process de fabrication (électrification), en modifiant leur formulation, en optimisant la logistique et le transport. Etc. Il y a de nombreuses façons de procéder sachant que pour les legos +de 70% de l’impact carbone vient de la matière. Donc leur impact est réduit avec la durée d’utilisation.
Et l’innovation ?
Le problème avec les nouveaux matériaux est qu’ils sont nouveaux ! Donc sans retour d’expérience. Et c’est ce qui prend le plus de temps parce que cela permet d’optimiser leur fabrication/formulation, d’identifier aussi certains risques.
Et quid des bioplastiques ? Ils ne réduisent pas forcément l’impact du produit final. Dans le cas des Lego, l’utilisation de bioplastiques augmente l’impact CO2 de 100 à plus de 200% en fonction des cas (utilisation des terres pris en compte).
Dans cette étude une analyse de cycle de vie est réalisée sur plusieurs jouets mais sur une durée de vie de 2 ans, durée d’utilisation des jouets par les enfants a priori. Sauf que les lego s’utilisent sur une durée bien supérieure. Ils sont légués, donnés, revendus…
Les jouets en plastique sont très légers. Donc comparés à d’autres matériaux il en faut peu pour obtenir les propriétés recherchées. Les plastiques ne sont pas des matières à prohiber. Mais comme tout matériau, il faut rechercher un moyen d’en optimiser les usages et impacts.
Et il faut considérer l’usage : les lego sont conçus pour être réutilisés de différentes manières, autant de fois qu’on le souhaite. Ils peuvent être des jouets pour enfants ou des objets de collection ou de créativité pour les adultes. Donc leur impact est lié au nombre d’années effectif d’utilisation.
Ce qu’il faut retirer de tout cela c’est qu’un jouet ou tout autre objet doit être eco-conçu certes mais doit pouvoir être utilisé longtemps. Comme c’est le cas pour les lego aujourd’hui.
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