DEBUNK – Article du Monde sur Nathalie Gontard qui lutte contre le tout plastique

Un article du Monde de mars 2023 présente la lutte de Nathalie Gontard contre le « tout plastique ». Quand j’ai lu l’article, j’ai soupiré… blindé de raccourcis sur les plastiques. De plus il fait mention d’un matériau qu’elle développe pour l’industrie : « un substitut biodégradable du plastique » qui est… un plastique. C’est parti pour le débunk.

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L’article du Monde « Contre le tout-plastique, le combat de la chercheuse Nathalie Gontard » est un condensé d’idées reçues et de raccourcis. Il existe pourtant de nombreux experts indépendants qui connaissent bien ce sujet, mais le journal préfère depuis quelques années donner la parole à Nathalie Gontard qui développe un business dans des alternatives de plastiques biosourcés. Situation cocace, qui pourrait être amusante si elle n’induisait pas le lecteur en erreur. Et vers des pratiques qui ne permettent pas de réduire la pollution.

Quelques exemples d’affirmations :

« Les nanoparticules s’accumulent dans nos organismes. »

FAUX : la bioaccumulation n’est pas démontrée aujourd’hui. Elle est toujours à l’étude, notamment chez l’homme. Donc non on ne peut pas dire que les nanoplastiques sont bioaccumulables à ce jour. Je vous invite à lire ce résumé d’un rapport de l’OMS. Vous y retrouverez les articles cités notamment sur la bioaccumulation dans le cas de mollusques. D’autres risques sont évoqués mais pas celui-ci.

J’avais également commenté un article résumant plus de 50 ans de recherche sur le sujet, confirmé par les articles récents cités par l’OMS.

Chez l’homme, cette étude simule l’accumulation des microplastiques dans le corps. La conclusion de ces rapports est qu’il est nécessaire d’avancer dans la recherche scientifique pour déterminer s’il y a bioaccumulation et si oui dans quelle mesure.

« Les bouteilles en PET peuvent être recyclées uniquement 1 à 2 fois »

FAUX : On peut les recycler jusque 4x en boucle fermée, pour un autre usage c’est un peu plus (sujet de ma thèse). Et sans ajout de matière vierge. Ce qu’on ne fait jamais, quel que soit le matériau. Verre, métaux, papier… il y a toujours ajout de matière vierge à minima pour ajuster le grade. Donc le recyclage en boucle fermée sans ajout de matière première pour les plastiques n’est pas plus pertinent que pour les autres matériaux.

« 98% des emballages ne sont pas recyclables »

❌ Ce qui est FAUX: La nuance qui est apportée dans le texte. Ils ne sont pas recyclés pour fabriquer d’autres emballages au contact alimentaire.

✅Ce qui est VRAI. L’EFSA ne l’autorise pas aujourd’hui. Ce n’est pas intrinsèque donc évolutif.

« Les produits fabriqués à partir de plastiques recyclés (en dehors de l’emballage) ne sont pas recyclables »

FAUX. Exemple : un sac/film plastique est recyclé en sac/film plastique. Qui sera de nouveau recyclé. Les autres usages peuvent être : tuyaux, siège auto, bacs etc. Des applications qui ne se veulent pas à usage court terme comme les emballages. La recyclabilité de ces produits ne dépend pas du matériau mais de l’existence d’une filière de recyclage associée.

« le recyclage total est un leurre »

⁉️ mais qui a parlé de recyclage total ?

C’est un procédé qui entre dans un processus de traitement des déchets et qui est INDISPENSABLE si on souhaite réduire la pollution dans la océans, en plus de la réutilisation, de la réduction etc. Ce genre de discours qui remet en cause le recyclage sur une base très discutable risque de renvoyer un message encore plus problématique au consommateur.

Par exemple, des emballages que le consommateur considèrera éco-responsables, sans effet sur la biodiversité ou l’environnement pourraient se retrouver plus facilement dans la nature. Penser que jeter un matériau dans la nature n’est « pas grave » est bien plus répandu qu’on ne le pense.

Il n’y a que par l’information du grand public, la responsabilisation des industriels et la mise en place de mesures associées pour réduire et traiter les déchets quels qu’ils soient qu’on y arrivera. Parce que ce genre de discours est absolument contre-productif. Mais malheureusement c’est aussi ce genre de discours que l’on retrouve majoritairement dans les médias, parce qu’il est séduisant, parce qu’il est militant etc.

Pour conclure

Nous avons besoin d’avancer sur ces sujets dans la bonne direction. Et il y a encore beaucoup de travail dans tous les domaines. On ne pourra le faire que si on agit en ce sens. Cet article fait mention d’un plastique biosourcé sur lequel Mme Gontard travaille. Le PHA (polyhydroxyalcanoates) est cité comme étant un « un substitut biodégradable du plastique ». Sans préciser que c’est un plastique puisque synthétique.

Ce plastique, si traité pour permettre un usage même court terme, ne sera que compostable en milieu indiustriel. Son recyclage sera tout aussi limité que pour les autres plastiques… si pas de filière. Il devra également démontrer qu’il peut être utilisé auprès de l’EFSA que ce soit sous forme de matériau vierge ou recyclé en boucle fermée.Comme n’importe quel plastique ou matériau au contact alimentaire. voilà voilà

Ces plastiques biosourcés et biodégradables peuvent être intéressants. A condition de mettre en place les filières de traitement associé. Cette cohérence d’éco-conception, recyclabilité et mise en place d’une filière de recyclage doit s’appliquer à TOUS les matériaux et produits.

Mais ce type de produit ne permettra pas de traiter la pollution dans les océans. Cela aura un effet éventuel sur l’impact environnemental du produit. A démontrer par ACV. Mais pas sur la pollution si les flux restent les mêmes. On se doit de faire avancer l’utilisation des plastiques et leur recyclage, sans omettre les autres matériaux afin d’éviter de réitérer les mêmes erreurs. Critiquer et pointer les failles peut être constructif. Mais on n’est pas obligé de raconter n’importe quoi non plus.

Comme je l’ai dit plus haut, la réduction, la réutilisation et le recyclage sont des outils qui sont à notre disposition pour fermer le robinet des déchets qui se déversent dans nos océans. Il faut travailler pour renforcer ces solutions pas les éliminer, c’est contre-productif

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